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چشمان بیدار - مهستی شاهرخی |
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mercredi, septembre 03, 1997CHAPITRE PREMIER: BIOGRAPHIE DE QOLÂM HOSEYN SÂ'EDI
CHAPITRE PREMIER: BIOGRAPHIE DE QOLÂM HOSEYN SÂ'EDI
Section 1: « Le berceau et le tombeau »
Q. H. Sâ'edi est né le 13 janvier 1936 à Tabriz. C'est le premier garçon de la famille. Mais avant lui, ses parents avaient eu une fille qui est morte à l'age de onze mois. De ses premiers souvenirs, il se rappelle avoir été au cimetière sur le tombeau de la petite soeur, main dans la main avec son père. Depuis ce temps-là, il imaginait sa petite soeur en train de se balancer dans un petit berceau à l'intérieur de son tombeau. L'association d'idée du tombeau et du berceau ne le lâchera pas jusqu'à la fin de ses jours. Il écrira un recueil de nouvelles intitulé Le tombeau et le berceau. Lors du discours prononcé au Père Lachaise en avril 1982, à l'occasion de la commémoration de la mort de S. Hedâyat, Sâ'edi sait: « C'est pour cela qu'on est venu sur le berceau de Hedâyat, pas sur son tombeau. Et de cette manière-là, on tire espoir de lui. » M. Burleson, dramaturge et écrivain américain, écrit dans Kelk: « Dans la pensée et dans le langage de Sâ'edi, la mort et la vie sont unies, en vérité la vie est égale à la mort, c'est-à-dire la vie est mortelle et la mort est une renaissance. »
Il grandit dans la grande maison de famille, les Sâ'edolmamâlek, qui s'était illustrée, autrefois, sous les Ghâdjârs. Mais à sa naissance, son père n'est qu'un modeste fonctionnaire. Ce dernier lui enseigne les premiers rudiments de la littérature. Il décrira la vie des fonctionnaires modestes dans sons premier recueil de nouvelles nommé L'éveil splendide, paru en 1960.
Il aura un frère, plus jeune que lui de quatorze mois, et une jeune soeur. Ils sont « deux frères»; et lui reste le frère aîné pour toujours. «Nous étions deux compagnons de jeu, deux amis et intimes l'un pour l'autre. De temps à autre, on se bagarrait je me rappelle encore le goût de ses petits coups de poings. Maintenant, c'est avec une telle nostalgie que je les désire encore.»
En 1941, la ville de Tabriz est envahie par les Russes, les alliés entrent l'Iran, Rezâ Chah abdique en faveur de son fils Mohammed Rezâ puis s'exile à l'île Maurice. Pendant la période trouble de la deuxième guerre mondiale, la famille se réfugie dans un petit village, Beyraq, dans les hauteurs de Tabriz. Il est très touché par la simplicité de la vie paysanne, la pauvreté, le malheur et la nature. Pendant ce temps là, son grand-père reste à la maison pour défendre la patrie avec un vieux fusil qu'il a caché jusqu'à fin de ses jours . Dans le village, Sâ'edi voit de pauvres soldats qui fuient la guerre. Tous les souvenirs de cette période vont apparaître dans Panj namâyešnâme az enqelâb-e mašrutiyat trad. Les cinq pièces concernant la révolution constitutionnelle en hommage à ces soldats. En hommage à son vieux grand-père, il écrira Az pâ nayoftâdehâ (trad. «les infatigables»
Sction 2: Jeunesse et adolescence
Il passe ses études primaires à l'école de Badr et ses études secondaires au lycée Mansur et Hekmat. A cette époque, Sâ'edi s'ouvre au monde des livres. Il se met à écrire puis à publier. Ses premières nouvelles sont publiées dans un hebdomadaire nommé Daneš-Amuz et une partie d'une longue nouvelle, «Les infatigables», dans le magazine Kabutar-e Solh.
Ses premières expériences littéraires se passent dans les années de la nationalisation du pétrole. Durant le gouvernement de Mossadeq, il n'a que seize ans. Il est attentif à tous ces événements importants et historiques du pays. Il commence ses activités politiques comme élève puis étudiant. Il fait des discours, prépare des réunions politiques et édite trois petits journaux régionaux So'ud, Javânân-e Azarbâyjân et Faryâd.
Comme tous les jeunes de cette époque en août 1953, il manifeste contre Mossadeq, en faveur du parti Toudeh. Mais en 1978, l'année de la révolution islamique, il commente les discours de Mossadeq , pour justifier son point de vue.
Après le coup d'Etat de la C.I.A., le journal est fermé. Sâ'edi et son frère sont arrêtés et envoyés dans la prison de la préfecture de Tabriz, pendant quelques mois.
En 1956, il a vingt ans. A l'issue d'une crise morale grave, dont les raisons sont diverses (personnelles et sociales), il connaît une histoire d'amour, douloureuse. Le désaccord de ses parents et le rejet manifesté par les parents de la jeune fille, ainsi que certaines déceptions politiques, le poussent au suicide . «...On a publié quelque chose et j'étais noyé dans le désespoir, j'ai trouvé du cyanure pour me suicider. Mais, un magnifique papillon, est entré dans ma chambre, à l'aube et m'a sauvé de la mort. » Il revient à la vie, à la littérature, à la science. Il commence à écrire, à envoyer et à publier ses nouvelles dans les magazines littéraires de la capitale. A cette même époque, il continue ses études de médecine à l'Université de Tabriz, bien qu'il avoue lui-même,dans son autobiographie, lire plus la littérature que la médecine.
Section 3: La garnison grise
En 1959, turco-phone, médecin, jeune, orgueilleux, mais talentueux et brillant, il s'installe à Téhéran pour accomplir son service militaire à la garnison Saltanat-Abâd, comme soldat non gradé à côté d'officiers, de colonels et de généraux sévères et autoritaires.
C'est l'époque de la dictature, l'influence américaine, la révolution blanche, l'armée du savoir au village et la réforme agraire, les souvenirs du service militaire se manifestent dans les nouvelles: « la garnison grise »et «la maison du bruit »
Au moment de la publication d'Occidentalité, en 1960, il fait connaissance de Âl-e Ahmad. Il vit alors, quelques temps, avec son frère et Ahmad Shâmlu dans un appartement, dont ils partageaient le loyer, dans un quartier populaire. A cette époque ils n'ont pas beaucoup d'argent et Shâmlu écrit des scénarios commerciaux pour le cinéma iranien.
Section 4: Les années soixante, les années de sublimation
En vérité, à partir de 1960, à Téhéran, c'est la période faste des carrières professionnelles de Sâ'edi. Il commence comme médecin-psychiatre et en même temps il est écrivain dramaturge. Puis il édite des revues périodiques. Enfin, pendant un certain temps il se consacre à des recherches anthropologiques.
Médecin-psychiatre: De 1959 à 1965, il se spécialise en psychiatrie. Il exerce son art dans l'hôpital Fârâbi de Téhéran. Simultanément, il ouvre un cabinet médical dans les quartiers pauvres, au sud de Téhéran, d'abord dans la rue de Delgošâ, puis en face de l'usine de ciment de Šahr-e Rey. Il y donne des consultations presque gratuites aux pauvres. En 1965, il perd le droit de travailler dans les hôpitaux, en raisons de ses discours politiques. Il ouvre alors une clinique avec son frère le docteur Akbar Sâ'edi, située place de Qazvin.
Journaliste, essayiste, éditeur: Toujours intéressé par les actualités socio-politiques et culturelles du pays, il dirige et collabore à de nombreux périodiques tels que Sadaf, Anâhitâ, Âraš, Zamân etc... Il continue individuellement comme rédacteur en chef à Anâhitâ, Naqd-e Ketâb et Alefbâ.
Dramaturge: Il écrit des « lâlbâzihâ », qui sont des sortes de pantomimes, des pièces de théâtre d'un acte ou plus sous le pseudonyme de Gohar-e morâd. Les pièces de Sâ'edi n'ont pas besoin de décor, ni de comédiens qualifiés; leur langage est très simple. Les quelques rôles féminins sont faciles à présenter. Les pièces sont faciles à monter sur scène. C'est pourquoi le théâtre de Sâ'edi a beaucoup de succès en dehors de la capitale. La télévision iranienne diffuse ses pièces. Le succès fou de son théâtre, socialement critique, auprès des jeunes lycéens, des étudiants et des amateurs du théâtre font de lui un dramaturge populaire. Dans son activité théâtrale, Sâ'edi utilise deux genres différents: le théâtre parlant ou muet, qui présente la critique sociale et politique, ou bien le drame psychologique.
En 1966, Sâ'edi voyage dans quelques pays européens, notamment en R.F.A., en France et aux Pays-Bas. Il assiste à des représentations de pièces de B. Brecht interprétée par Helena Weiger. De même, en France, il voit des pièces de Jean Genêt, de Samuel Beckett, de Eugène Ionesco et de Harold Pinter. A son retour, il essaye d'écrire des pièces de théâtre sur le modèle des pièces du théâtre avant-gardiste européen. Ainsi, Gohar-e Morâd est un des plus grands dramaturges modernes iraniens. Son oeuvre a eu un impact au sein même du peuple iranien, même dans différentes régions de l'Iran.
Scénariste: Sâ'edi a écrit des scénarios à partir de ses nouvelles. Son talent lui permet d'exploiter un même sujet sous trois formes différentes: nouvelle, pièce de théâtre et scénarios. Quatre de ses scénarios ont été réalisés, à savoir: Gâv (trad. La vache), tirée de la quatrième nouvelle de Deuil à Bayal, Dâyere-ye minâ (trad. Le cercle), tiré de la nouvelle šqâlduni (trad. La poubelle), Vâhemehâ-ye bi nâm va nešân(trad. La tranquillité en présence des autres) et Mâ nemišenavim(trad. Nous n'entendons pas). Les deux premiers films ont été réalisés par Darius Mehrjui, le troisième par Naser-e Taqvai.
Nouvelliste: Il publie non seulement ses nouvelles dans des revues et magazines littéraires, mais aussi dans quatre recueils de nouvelles et deux romans: L'éveil splendide(1960), Deuil à Bayal(1964), Dandil (1966), Les frayeurs indéfinissables et vagues (1967), La peur et le frisson (1968), Le canon (Roman 1969) et L'étranger dans la ville (Roman publié après sa mort en 1991).
Anthropologue: Il a mené quelques recherches de ce genre dans une collection dirigée par Al-e Ahmad: Ilxci, Xiyâv yâ meškinsahr et ahl-e havâ.
Syndicaliste: En 1968 avec Âl-e Ahmad, Barâhani, Tahbâz et quelques autres écrivains, ils se réunissent et manifestent contre la censure du Chah. Enfin, pour la première fois dans l'histoire culturelle de l'Iran, ils arrivent à fonder l'Association des écrivains iraniens.
Section 5: La mort des frères
En 1968, avec la mort de S. Behrangi la tragédie commence. Un ami de la région, ami de la littérature, jeune et fort, s'est noyé comme un petit poisson noir dans l'Araxe.
En 1969, c'est la mort de Jalâl Âl-e Ahmad, le grand frère, le frère aîné, le maître, l'ami. Il est décédé à la suite d'une crise cardiaque dans sa maison de campagne pendant les vacances estivales.
En 1971, le mouvement de Siyâhkal se termine par le massacre des combattants, des copains, des camarades, des frères.
Sâ'edi perd constamment des proches par des morts prématurées.
Les voix
Ont quitté
Guitares et
Archets
On porte
Les morts
D'allée en
Allée
Section 6: « Si on me bat »
En avril 1975, à Semnân, Sâ'edi est arrêté sans motifs par les agents de la Savak, envoyé à la prison d'Evin et torturé. Pendant onze mois, il reste en prison. A deux reprises, il est obligé de présenter des excuses publiques au Shah au journal télévisé du soir. Pendant ce temps, les protestations prennent une ampleur internationale, avec l'action de Rezâ Barâhani. Ce dernier devient membre, aux U.S.A., du Comittee for Artistic and Intellectuel Freedom in Iran (C.A.I.F.I.) auquel se joignent Eric Benthely, Arthur Miller et Edward Albee. Par leurs articles contre le Shah, ils obligent la police à relâcher Sâ'edi. Il n'a jamais été jugé. On peut briser la vie d'un homme en deux parties: avant et après la prison.
Ahmad Shâmlu a décrit celui qui est sorti de prison: « De Sâ'edi, je dois dire que celui qui a quitté la prison du Chah n'est plus qu'un mourant. Après toutes ces tortures morales et physiques, cet homme d'une créativité débordante, ne vit plus. Jusqu'à sa mort, il s'est battu à l'intérieur de lui-même. Pour continuer son travail, Sâ'edi avait besoin d'énergie. Ils la lui avaient prise. L'arbre était en train de pousser, ils l'ont arraché. Ils l'ont tué. Si cet homicide volontaire n'avait pas été commis, rien n'aurait pu l'empêcher de garder sa fierté. Anéanti, il ne grandira plus. Le Shah l'a tout simplement détruit. J'étais témoin de ses efforts. Il percevait les problèmes avec acuité, il s'efforçait d'y réfléchir, mais ne pouvait plus apporter de réponse. Ils l'ont brisé.» Pendant quelque temps, Sâ'edi se retire près de la mer Caspienne, chez des amis.
En 1976, il se rend aux U.S.A. où il est invité par le Pen Club . Il y rencontre Arthur Miller, Edward Albee ainsi que d'autres écrivains américains. A cette occasion, quelques unes de ses oeuvres sont traduites et publiées aux U.S.A. Edward Albee lui propose d'être son assistant dans son prochain spectacle. Sâ'edi renonce à cette proposition afin de participer aux manifestations organisées par la Confédération des étudiants. Ruiné, il se culpabilise, souffre de plus en plus. Il n'écrit guère, avec hâte. Dans une lettre adressée à son frère pendant l'hiver 1976 il se plaint: «Je suis en train de disparaître goutte à goutte ... Je suis en train d'étouffer ... Si seulement boire pouvait me soigner ... ou ne pas boire ... Tout est cassé ... Le plus brisé c'est ton frère ... Ton frère qui est resté seul ... » Il prend l'habitude de boire, pour oublier, oublier qu'il est fini. Pendant quelques mois, il va à Londres, chez Ahmad Shâmlu, son ami poète en exil. Il l'aide en collaborant au journal Iran šahr. Après ces pérégrinations, il rentre enfin chez lui.
Section 7: Dix soirées de poésie à l'Institut Goethe
En 1976, soit un an avant le voyage de Jimmy Carter en Iran et à l'engagement du Shah d'élargir un peu la liberté d'expression, les écrivains regroupent de nouveau au sein d'une association, Kânoun-e nevisandegân Irân (Association des écrivains iraniens). Elle commence ses activités en organisant dix soirées de poésie en octobre 1977 au jardin de l'Institut Goethe. Une cinquantaine d'écrivains demande la liberté de parole et de la presse, ce qui est contraire à la loi constitutionnelle. Les soirées de poésie sont un pas vers la révolution et un événement important dans l'histoire de la littérature. Sâ'edi était l'un des fondateurs de l'association des écrivains iraniens et l'un des organisateurs les plus importants des soirées de poésie.
Section 8/ Sâ'edi au pays des merveilles
Pendant la Révolution, de 1978 à 1980, Sâ'edi s'occupe activement de politique. Il a des contacts fréquents avec ses amis, membres de différents partis politiques, notamment de gauche. Il voyage à plusieurs reprises à l'intérieur du pays, dans les villes qui font la une de l'actualité. Jusqu'en août 1979, il écrit dans des journaux iraniens tels: Keyhân, Âyandegân, Etelâ'ât et pour un hebdomadaire politique, Ruznâme-ye âzâdi, l' organe de Jebhe Demokrâtik melli-ye Iran (Front démocratique national iranien).
A partir de 1979 jusqu'en 1982, c'est pour Sâ'edi une période d'incertitude. Pendant quelques mois, avant de quitter le pays, il vit chez des amis. Sa dernière résidence connue en Iran se situe chez une amie styliste, Mme Badri Lankarâni, qu'il épousera plus tard en exil. Il reste alors enfermé, passant son temps à écrire et à lire.
Section 9: Séjour parisien
Après ces quelques mois de clandestinité et d'errance pour échapper à la censure du nouveau régime, il quitte discrètement le pays, par la frontière pakistanaise; il s'exile à Paris.
Le 31 mars 1982, il atterrit à Paris. Il est fatigué, et se demande en pleurant: «Qu'est-ce que je fais ici ?» Sâ'edi n'a pas cherché à s'adapter à la vie à l'étranger. Dramaturge, il n'a jamais assisté à une représentation théâtrale. Scénariste, il n'alla voir aucun film. Vivant en France, il n'a pas appris le français. Au bout du sixième mois d'exil, il écrit à un ami: « Je me trouve à Paris, ville du suicide et de l'ennui, des prostitués et des intermédiaires. J'en ai ras-le-bol. Je ne vais nulle part. Je n'ai envie de rien. J'ai beaucoup de soucis. »
Après deux années d'exil, il se sent déraciné. Il n'a aucun but. Les immeubles de Paris sont pour lui comme un décor de théâtre. Il s'imagine habitant une carte postale. Le sommeil lui fait peur, mais le réveil est plus douloureux encore. Il reste éveillé la nuit et s'endort au petit matin. Dans une lettre à un de ses amis, il laisse éclater son amertume: «Où que mes regards se portent, des opposants se réunissent pour le sauvetage de l'Iran. Ils sont tous plus cons et plus salauds les uns que les autres. Qu'ils ne me sollicitent pas, je n'en ai rien à faire. Mais ils me demandent, à moi, un vieux, d'écrire des histoires épiques en hommage à la bravoure des masses iraniennes. » Il se sent étouffé dans sa chambre qui lui rappelle sa cellule de la prison d'Evine. Chaque fois qu'il entre chez lui, il a l'impression de porter sa chambre à la place d'un manteau.
Il se met à grossir. Il vieillit. A la fin, il décide de se marier. Mais son ennui et les cauchemars continuent. Au matin, après avoir écrit pendant la nuit, il se couche. Son sommeil est peuplé de silhouettes étranges et bizarres de membres du parti Toudeh et de chiens parisiens . L'exil lui semble pire que la torture. Rien ne lui appartient, n'a de sens pour lui. De même, il n'est rien à personne. Il aurait préféré rester des années isolé en prison. Au premier coup d'oeil, Paris c'est le rouge à lèvre des femmes, mais en baissant les yeux, Paris devient de la merde de chien. Le métro provoque chez lui une angoisse très forte. Il le compare à un gigantesque aspirateur qui nous avale pour nous rejeter quelques stations plus loin . Il est terrorisé. Losqu'on lui propose de voyager aux U.S.A., il refuse au motif qu'il a peur des douaniers, des contrôleurs du métro, des hôtesses de l'air, des policiers, des soldats ...
Cependant, c'est à Paris qu'il publie la revue Alefbâ qui représente un nouvel espoir. Il collabore avec l'Association du théâtre de l'Iran et l'Association des écrivains iraniens en exil, pour monter à l'occasion du nouvel an iranien, sur une scène parisienne, sa dernière pièce: Ottelo dar sarzamin-e ajâyeb (trad. Othello au pays des merveilles).
Section 10: Le suicide ou la mort ?
Pendant cette époque, il se sait mourant. Il est médecin. Il continue à boire et se noie dans les illusions de l'alcoolisme. Sa vision du monde se modifie. Paranoïaque et méfiant, c'est un apatride qui marche sur les trottoirs de Paris. Nostalgique, il souffre pour son pays brûlé par la guerre. «C'est en souriant et avec beaucoup de respect que l'homme errant passe devant des caniches habillés d'un manteau, de peur qu'on ne lui retire sa carte de séjour». «Biologiquement vivant, l'homme errant est mort. Pour se défendre, il ne lui reste que l'agressivité. Il s'attaque à l'obscurité, mais ne supporte pas la lumière. Seul, il crie. En groupe, il crie. Il se rend à des invitations mais refuse de s'asseoir. Gourmand, il ne mange pas. Ce qu'il donne d'une main, il le reprend de l'autre. Amoureux, il ne l'est pas. Il tombe amoureux et le regrette immédiatement. Il n'est que souffrance» . «Le suicide est préférable à cette mort à petit feu.» Mais il n'a pas le courage d'ouvrir le robinet du gaz, comme S. Hedâyat. Enfin, l'ange de la mort éternelle vient le chercher à l'hôpital Saint-Antoine pour l'emmener au cimetière du Père Lachaise près de son maître littéraire S. Hedâyat. Le 23 novembre 1985, Q.H. Sâ'edi est décédé des suites d'une hémorragie interne.
LA MORT C'EST L'HERITAGE DU PERE. FINALEMENT IL NOUS FAUT TOUS PARTIR, PROTEGE NOUS DE CETTE TERRE DESTRUCTRICE
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